Après vingt-neuf heures de navigation, nous sommes finalement arrivés à notre mouillage de Plum Orchard à Cumberland Island. Nous qui rêvions de passer quelques jours ici à explorer l’ile, avons été pris d’assaut par une horde féroce de
no-see-ums et de
sand gnats en plein jour. Nous savions que le courant serait fort, que le marnage serait important (8 pi 6 po), que les roseaux ne fourniraient aucune protection des vents à composantes nord, mais nous n’avions pas exactement prévu nous faire attaquer par des brulots un après-midi de novembre… Nous essaierons peut-être une petite visite à terre demain matin, mais la perspective d’un séjour prolongé semble bien mince pour l’instant. Même pas moyen de rester quelques minutes dans le cockpit sans se faire manger tout rond.
Au moins, nous pourrons dormir et profiter de l’absence de vague! J’en ai bien besoin après le passage que nous venons de terminer. La NOAA n’annonçait pourtant rien de bien méchant ; une vingtaine de nœuds diminuant en fin d’après-midi et des vagues de quatre à six pieds se résorbant avec la baisse du vent. Les GRIB étaient aussi d’accord et les modèles montraient tout au plus une quinzaine de nœuds et des vagues de quatre pieds en soirée.
En tournant la bouée de chenal qui nous mettait dans l’Atlantique, nous avons rapidement compris que les prévisions météos avaient sous-estimées les conditions. Mais comme tous les modèles prévoyaient une baisse en après-midi, quelques heures de gros temps avec le soleil qui brillait ne semblaient pas vraiment être un problème.
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| Belle journée ensoleillée. Étrange comme ni le vent, ni les vagues ne sont présents en photo et pourtant... |
Le vent a pris tout son temps pour se calmer et ce n’est que vers minuit que nous avons finalement démarré le moteur. La vague, elle, ne nous aura pas lâché avant le lendemain matin, comme nous arrivions à St-Simons Inlet. Nous avons donc passé notre journée et notre soirée à 25 nœuds de vent en moyenne, avec des pointes à 30 nœuds… Heureusement nous étions au portant, pratiquement vent arrière, nous avons donc pu maintenir toutes les voiles dehors et conserver une vitesse raisonnable.
Les quatre à six pieds de vagues annoncés par la NOAA; nous ne les avons jamais vus. Une bouée météo nous confirmera plus tard que nous avions une bonne dizaine de pieds de vagues, certaines plus petite, certaines plus grosses. Mais toutes beaucoup trop grandes pour mon oreille interne… Ni les pommes, ni les craquelins, ni le Bonine (Dramamine sans somnolence - pour le mal des transports), ni l’horizon n’auront aidé. Je me suis trainée sur le bateau pendant les vingt-quatre premières heures évitant religieusement d’aller à l’intérieur. Je sais exactement ce qui m’arrive si j’ose aller y faire un tour, même pour dormir. Moi qui pensait que c’était réglé… eh misère.
Le problème, ce n’est pas autant le mal de mer que les nuits qui durent douze heures et qui font paraitre les quarts interminables. Vous avez déjà essayé de dormir sur un banc de cockpit dans autant de vague? N’essayez pas, vous n’y parviendrai pas. Le plancher du cockpit n’est pas terrible non plus, mais au moins on ne peut pas tomber plus bas. Pour une partie de la journée et de la nuit, M était à vendre et j’évaluais déjà le meilleur endroit pour établir un vignoble. Un petit bout de terre ferme et immobile. Le paradis. Mais malheureusement, rien de comparable à la beauté des vagues, à l’immensité de l’Atlantique et au reflet du soleil sur l’eau.
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| Une autre photo très peu convaincante. La mer ne partage pas ses secrets on dirait... |
Heureusement, Michel et le pilote se sont chargés de nous mener à bon port et M n’a pas bronché. Pour une fois, elle devait se sentir très légère sur cette vague qui la soulevait comme une coquille de noix. C’est fort la mer.
La prochaine fois? Double dose de Bonine. En prime; j’érige une croix, un temple, un monument, enfin quelque chose du genre, si j’arrive à me débarrasser de ce foutu mal de mer. C’est ce que les marins faisaient lorsqu’ils survivaient à une tempête, non?